Témoignage d’un passionné de lombricompostage

18/05/2021 | Biodéchets Compostage domestique Compostage individuel Lombricompostage
https://aura.reseaucompost.fr/storage/uploadfile/rcc_lombri2-616.jpgChristian Deslignes est un passionné expérimenté de lombricompostage, formateur dans les formations Guide composteur GC 24 (module lombricompostage) et intervenant pour des associations de jardinage, collectivités. Il est aussi modérateur du forum Vers La Terre.
Il a bien voulu répondre à ces quelques questions… merci Christian !

Christian, peux-tu nous donner les principaux intérêts que tu vois au lombricompostage ?
L’intérêt essentiel peut se résumer ainsi : le lombricompostage c’est composter ses biodéchets chez soi, dans un espace restreint, et disposer d’un fertilisant naturel, gratuit et de qualité pour les plantes. Si on le compare au compostage partagé, le lombricompostage permet vraiment de composter à domicile ! De plus, on ne trouve pas, aujourd’hui encore, des composteurs partagés dans toutes les villes de France. C’est donc une solution adaptée dans bien des cas.

Ta pratique et ta connaissance du sujet, te permettent-elles de relever des contraintes ou des limites à cette pratique ?
Oui. Ce qui est accepté dans un composteur ne l’est pas systématiquement dans le lombricomposteur. On ne peut pas composter la totalité de ses biodéchets. Le lombricompostage, c’est « travailler » avec des vers, avec des êtres vivants, et l’animal a ses besoins et ses limites. Certains biodéchets ne sont, de fait, pas acceptés : viande, poisson, laitage, agrumes et ail, oignon, échalote. Les vers peuvent s’en nourrir, mais il y a des problèmes d’odeurs ou d’intoxication (les vers ne supportent pas les protéines animales). C’est l’espace réduit, la concentration de protéines qui provoquent leur empoisonnement.
Une autre limite : trouver un endroit chez soi qui soit tempéré et facile d’accès…. Sur le balcon, soumis aux excès climatiques… ça ne fonctionne pas ! Les vers se développeront mal, voire mourront avec les nuisances que cela va engendrer. A la cave non plus d’ailleurs, c’est une fausse bonne idée que l’on rencontre souvent : on finit par jeter ses déchets à la poubelle, plutôt que de descendre à la cave.
Enfin, il faut accepter le fait de partager son espace avec une faune variée et parfois dérangeante… comme les moucherons par exemple. Le seuil d’acceptabilité est variable selon les personnes. Il y a des abandons à cause de cela. On ne peut pas faire de lombricompostage sans ce type de nuisances, et il est rare qu’il n’y en ait pas !

Existe-t-il un endroit idéal ?
Le balcon est sûrement l'endroit le plus utilisé mais il faut la bonne exposition, la bonne région, c'est-à -dire jamais de soleil direct même en hiver.
Pour la cave, beaucoup l'utilisent mais je déconseille de stocker plus d’une semaine à cause du volume qui peut vite fermenter et des moucherons qui profitent souvent de l'aubaine. Il faut pouvoir stocker au réfrigérateur.
Bien-sûr, le meilleur endroit pour le lombricomposteur reste la cuisine mais les surfaces se réduisent de plus en plus et en cas de souci cela peut être vite décourageant.
Un autre endroit assez pratique, c'est le garage ou la buanderie. Je pense qu'il est important que l'endroit soit fréquenté presque quotidiennement.
On peut très bien envisager de faire bouger le lombricomposteur en fonction de la saison, ce qui reste assez facile (sauf le poids).

Peux-tu nommer et présenter brièvement des alternatives au lombricompostage (excepté bien sûr le compostage en bac ou en tas) ?
Le bokashi, dont on parle beaucoup en ce moment, est un procédé de conservation des déchets pendant un certain temps, grâce à la lactofermentation. Cette fermentation est réalisée grâce à des bactéries (EM) que l’on introduit dans un seau, par couche, alternées avec les biodéchets.
Le bokashi se rapporte plus à une méthode de conservation que de compostage. Le bokashi est un complément intéressant. Il fonctionne comme un pré-composteur en particulier avec tout ce que l’on ne peut pas mettre dans le composteur : viande, etc. On peut donc très bien imaginer avoir un lombricomposteur et un bokashi en complément. Par contre, il convient de trouver la solution pour utiliser la matière fermentée après sa maturation…. Et c’est une de ses principales limites. Ajouté dans un composteur, ça sent très fort. La finalité du bokashi est bien d’enterrer dans le jardin ce « pré-compost » qui est en fait une sorte de choucroute…. fertilisante !

Le bokashi est-il facile à utiliser au quotidien ?
Oui. Il faut remplir le seau pendant 6 semaines, en alternant les couches de biodéchets et ce qui contient les bactéries. Puis laisser maturer pendant 5 autres semaines. L’idéal est donc d’avoir 2 seaux. N’importe quel seau étanche fera l’affaire pour la phase de maturation.

Vois-tu d’autres alternatives à proposer à toute personne qui n’a pas accès à des composteurs ou lombricomposteurs ?
Il existe sur le marché des composteurs rotatifs de petit volume. J’en essaye un depuis quelques temps, sur mon balcon. Il s’agit plutôt d’un « pré-composteur »: il va assurer la phase thermophile du compost. Il sera rempli pendant environ 6 semaines (maximum 10 litres par semaine). Suite à cette phase, tout comme pour le bokashi, il faut trouver un exutoire : le mettre dans un composteur, faire du compostage de surface, etc. Là encore, on n’obtient pas un « vrai » compost mature. Mais on peut traiter ses biodéchets !
Pour finir, n’oublions pas que les composteurs partagés sont complémentaires pour ceux qui souhaitent pratiquer le lombricompostage. A la fois pour les déchets qui ne vont pas au lombricomposteur, mais aussi pour trouver le débouché pour le lombricompost. Bien souvent nous n’avons pas assez de plantes en appartement pour écouler la production totale de lombricompost. Sauf à avoir un grand jardin… et dans ce cas-là, il n’est pas utile de passer par le lombricompostage !

As-tu des conseils à donner à ceux qui veulent se lancer dans le lombricompostage ?
D’abord chercher les bonnes informations avant de commencer : formation guide composteur, forum sur internet, etc. Ensuite, choisir le modèle adapté en fonction du volume des déchets produits… Et bien sûr, admettre que cette méthode est avant tout un élevage de vers qui permet de composter une partie seulement de ses biodéchets. Il faut d’abord prendre soin des vers et de leur écosystème. Un lombricomposteur, ce n’est pas une poubelle ! Il faut donc prendre le temps de comprendre, d'observer, d'être patient. Et compter au moins de 6 mois à 1 an pour bien comprendre le fonctionnement du lombricompostage, ce qui correspond à une bonne rotation entre les bacs.


Interview réalisée par Pierre Feltz, Maître composteur et formateur